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 L'improbable histoire d'un arbre qui savait parler...

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Saxon mercenaire (peuple)
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Feat : Tom Hopper

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Message#Sujet: L'improbable histoire d'un arbre qui savait parler...   Lun 22 Jan - 21:30

Sybille Mosella & Lanvain l'Intrépide
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« L'improbable histoire d'un arbre qui savait parler... »

Lanvain était à bout de forces. Ses bottes s'enfonçaient dans le silencieux humus à peine humide des sou-bois. Encore, encore et encore, le pas lourd comme le coeur. Sa lame, portée comme le fardeau d'une vie, lui faisait courber l'échine, lui rappelant le poids de cette âpre réalité. La ferraille laissait un sillon derrière la grande silhouette de fer et de chair du mercenaire errant. Ses bras et ses jambes étaient couverts d'ecchymoses et d'éraflures. Sa peau pâle n'était presque plus visible sous le mélange de bleus, de gris et de pourpres qui la couvrait. Son front était gonflé, et son visage écorché. Ses cheveux, originellement blond foncé, avaient pris une teinte brune ou rouge, la couleur de la terre et du sang. Du sang, oui ! Les joues du Saxon aussi en étaient couvertes, traces séchées qui raidissaient ses traits commes le faisait la douleur. Douleur d'avoir été frappé tant et si durement par les assauts furireux des mêlées tout autant que ceux des vagues. Il avança d'un pas encore. A partir de cet instant, le temps lui sembla se découler avec une lenteur abominable. Chaque mouvement devenait plus difficile, chaque partie de son corps meurtri plus lourde. Sa respiration rapide démontrait l'effort qu'il accomplissait. Ses lèvres entrouvertes libéraient de rauques gémissements dans un souffle saccadé. Il trébuchait, encore et encore, mais quelque chose le relevait toujours, probablement l'espoir de trouver refuge plus profondément dans la forêt. 

Elle semblait aussi fatiguée et triste que son pauvre corps, terre alterrée, terne, sans eau. L'été avait frappé dur ces bois qui n'étaient plus aussi resplendissants qu'on le lui avait laissé entendre - si du moins il s'agissait bien des bois d'Irlande auquel Lanvain pensait, car ce pauvre bougre sans patrie était tout à fait perdu dans ces lieux qu'il ne reconnaissait pas. L'ouragan l'avait conduit sur une plage à quelques lieues de là, mais il ignorait s'il était toujours dans le royaume d'Arthur Pendragon, sur les terres de la verte Irlande ou bien en petite Bretagne, là où susistait encore la magie celte de l'Ancienne Religion et autres coutumes d'un peuple presque éteint.

Comment en était-il arrivé là ? Tout était flou. Il n'était plus que l'ombre de lui-même et pourtant il filait aussi vite que possible. Chaque enjambée était une souffrance terrible, chaque respiration une douleur insoutenable. Il portait une main à son épaule entaillée, l'autre à sa gorge. Au loin, les hurlements de ses poursuivants. Mais comment diable en était-il arrivé là ? Il se souvint du fracas d'une bataille en Cornouailles, de la retraite des guerriers blessés de toutes parts, d'une la fuite sur les flots, et enfin, la tempête. Un vent hurlant et colérique. L'eau iodée qui l'aveuglait et pénétrait ses plaies, lui faisant souffrir un second Enfer. Les cris des matelots et des rescapés de guerre, leur lente agonie, les borborygmes affreux tandis que l'océan les englotissait. La coque du navire qui cédait sous ses pieds. Les rouleaux glacés qui le frappaient. Plus rien.

Vaincu sur terre comme sur mer, il n'aurait pas encore perdu tout espoir si, à peine réveillé sur le sable de la petite crique, il n'avait pas été attaqué et poursuivi par des autochones inconnus visiblement très mécontents de trouver cet homme armé sur leurs terres. C'était d'ailleurs ce qui avait poussé le mercenaire à prendre la route des champignons - bien que ce ne soit guère la saison - et à se replier dans les bois : blessé comme il l'était, Lanvain était tout à fait incapable de se battre pour défendre sa vie ou même pour impressionner ses détracteurs. Cependant, il n'était pas sans ignorer que ces derniers connaissaient la région et lui non. Ils ne tarderaient pas, malgré tous ses stratagèmes, à le rattrapper. Ainsi il s'était hâté, comme l'aurait fait un animal blessé, vers le seul lieu où il se sentirait en sécurité, la forêt.

Son genou ploya, faible, et ses braies rencontrèrent la terre. Les traits du jeune homme semblaient rabougris, vieux,  mais laissaient pourtant un regard encore vif et cinglant l'espace d'un instant. Lanvain tourna la tête pour narguer le reste du monde, ses ennemis, la mort, avec un demi-sourire crispé. Ses vêtements étaient en lambeaux. Le naufrage n'avait pas laissé grand chose de son corps, mais aussi de son armure, si ce n'était un casque tout cabossé qui lui avait sûrement sauvé la vie en préservant sa tête de rencontrer trop violemment un rocher, son éternel tabard de cuir renforcé à quelques endroits de mailles, et une vieille épée qui par une chance incroyable, n'avait pas quitté le fourreau où elle dormait. Ce casque donc, rescapé du carnage, collés contre ses oreilles et son nez lui ciselait parfois la peau comme une lame d'un couteau. Sa chevelure hirsute dépassait de tous les côtés, espérant sans doute s'enfuir pour galoper dans son dos ou sur ses larges espauliers. Puis le second genou accompagna son jumeau. Quand il se plia, ses gantelets s'enfoncèrent jusqu'à trouver la terre cachée sous ce manteau de mousse. Ses chicots paradaient quand la douleur déformait son visage. Tout son corps enfin tomba lourdement sur le sol.

Vaincu. Cette fois-ci, il l'était vraiment. L'honneur mis à mal bien moins que le corps. « C'est ici que les vers vont te dépouiller de ta chair, lentement. Lentement, oui ! Mais sûrement. Tu lui laisses ta place au sein du royaume des échos lointains. Lâche. Tu n'es qu'un lâche. Et un idiot de surcroît. C'est vraiment trop bête de mourir loin de ceux que tu aimais, sur une terre que tu ne connais même pas. » pensa-t-il avant de d'abandonner définitivement l'espoir qu'il lui restait. Il s'était résigné, sûr de sa mort prochaine. Lorsque, soudain, il entendit une voix.

Il utilisa ses dernières forces pour se tourner afin de regarder autour de lui. Il ne vit rien, rien qui ne fut pas un chêne ou de la mousse. Pourtant la voix chantait toujours entre les arbres. Lanvain se demanda si ce n'était pas la Mort qui venait l'emporter. Il gémit. La voix cessa.

« Cette fois-ci, je suis réellement fou... » murmura-t-il. « Voilà que j'entends les arbres chanter... »

© Lanvain


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